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jeudi 4 octobre 2007 Une comparaison réductrice de Christine Delphy
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Delphy, Afghanes, burqa, accommodements raisonnables, Québec
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Je sais que j’en heurterai plusieurs en me permettant de critiquer une icône du féminisme, une chercheuse et une femme que j’ai admirée par ailleurs sous d’autres aspects, mais je ne puis passer sous silence certains propos que j’estime réducteurs. Dans une entrevue qu’elle a accordée au Devoir, le 1er octobre 2007, la chercheuse féministe française, Christine Delphy, a déclaré au sujet des consultations sur les "accommodements raisonnables" au Québec : « Je suis contente. Je voudrais que l’on se pose aussi la question du port du talon haut. Le nombre de chevilles tordues, si vous saviez... 80 % des patientes des podologues sont des femmes », dit-elle avec la plus grande ironie avant de poursuivre : « On peut s’inquiéter du fait que les sikhs portent de petits poignards, mais personne ne s’alarme de savoir que les adolescents transportent des armes à feu et tirent sur d’autres dans les écoles ! » Je trouve cette réflexion un peu simpliste. Le symbole véhiculé par le port du voile, souvent imposé par des hommes à des femmes - et qui n’a pas son équivalent pour les hommes dans les cultures qui l’imposent (ce qui est en soi significatif) - ne se compare pas au symbole du port de souliers à talons hauts, que nous sommes libres de ne pas porter sans être menacées de représailles. Et une cheville tordue n’équivaut pas aux coups, blessures et menaces de mort que certaines subissent parce qu’elles ne portent pas le foulard ou le voile tel qu’il est prescrit. Cette sorte d’ironie a pour effet d’éluder et de ridiculiser une réflexion sérieuse sur le sens du voile, souvent imposé à des enfants dans certains pays. Presque tous les jours, nous recevons des messages au sujet de femmes de différents pays (y compris la France) qui sont menacées de représailles si elles refusent de porter le voile. Pourquoi est-il si dangereux pour certaines de refuser de porter ce voile si le port du voile relève simplement de "la liberté de conscience" ? La "conscience" des femmes iraniennes, par exemple, qui défient le gouvernement en ne portant pas un voile ou foulard "réglementaire", et qui sont emprisonnées, qu’est-ce qu’on en fait ? Ce genre d’argument se compare au discours des défenderesses de la légalisation de la prostitution qui invoquent le "libre choix" de se prostituer, alors qu’on connaît les conditions qui conduisent à la prostitution à un âge aussi jeune que 12 ou 13 ans - des conditions qui sèment le doute sur l’existence de ce fameux "choix". Quant aux armes à feu à l’école, il est absolument faux que personne ne s’en préoccupe au Québec et au Canada. Madame Delphy est mal renseignée. Sur la question de l’Afghanistan, je crois que Christine Delphy a raison de dire que "le combat pour libérer les femmes afghanes a été instrumentalisé" (un mot - instrumentalisé - qu’elle semble particulièrement affectionner, ainsi que ses disciples québécois). Mais que penser de ce passage : « Il vaut mieux porter une burqa et être en sécurité et pouvoir manger. Il faut savoir établir les priorités, et ce sont ces femmes-là qui doivent le faire » ? Avec une burqa, les femmes mangeaient-elles plus et étaient-elles davantage en sécurité sous les Taliban ? D’ailleurs, elles la portent encore dans plusieurs régions de l’Afghanistan, et pas toujours par choix. Ce n’est pas parce que les Américains et autres Occidentaux ont eu tort de faire la guerre en Afghanistan (et en Irak et ailleurs) pour s’approvisionner en pétrole que les Taliban ont (eu) raison de vouloir enfermer les femmes dans un vêtement qui limite leur déplacement et symbolise le contrôle des hommes sur leur corps et sur leur droit à l’existence même. Et les mariages forcés ? Et l’exclusion des filles de l’école ? Et la lapidation ? Et l’absence de liberté sexuelle ? Ce ne sont pas les Américains qui les ont inventés. L’association RAWA, composée de femmes afghanes, a bien documenté la situation de ces femmes sous les Taliban. « Pour elle, c’est détourner l’attention de ce dont il faudrait réellement se préoccuper : le bien-être des femmes », écrit la journaliste du Devoir. Le bien-être des femmes ne commence-t-il pas par le droit de circuler librement, sans être escortée obligatoirement par des hommes pour le moindre déplacement, en s’identifiant comme personne, comme femme, non comme fantôme ambulant, sans être violée ou lapidée en guise de représailles si on déroge au code vestimentaire imposé pour cacher ce corps qui dérange tant ?
Mis en ligne sur Sisyphe, le 2 octobre 2007 © Sisyphe 2002-2010 |
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Micheline Carrier |
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Vous dites que les musulmans sont en droit d’imposer le voile à leurs filles mineures et de décider de la tenue vestimentaire de leurs enfants comme bon leur semble, même de manière discriminatoire. Au fur et à mesure que les enfants grandissent et entrent dans l’adolescence, ils deviennent de plus en plus autonomes de leur famille. Les pairs et la société en général prennent de plus en plus d’importance pour ces enfants qui sont en train de devenir adultes. On n’impose pas les mêmes choses à un petit enfant qu’à un-e adolescent-e en route vers une autonomie tout proche. Si les parents ont effectivement encore de l’autorité sur leurs adolescents, celle-ci ne peut s’exercer sur tous les aspects de la vie quotidienne de jeunes qui doivent prendre de plus en plus de responsabilités pour eux-même, qui pour certains travaillent déjà. De plus, même si cela est controversé, l’égalité entre homme et femme est une valeur forte dans nos société et que je considère comme universelle, même si cela est controversé. De nombreuses femmes dans des pays non occidentaux se battent aussi pour cette égalité. Il est trop facile de nier l’universalité d’une valeur, quand cette négation sert à protéger les privilèges de la moitié masculine de la population mondiale. Par exemple, l’égalité entre hommes et femmes est inscrite dans la Constitution de mon pays, la Suisse. Ces adolescentes vivent dans notre société, elles y ont grandi, elles sont à une âge où elles vont prendre des décisions par rapport à leur études, leur avenir professionnel, leur avenir tout court. Elles sont aussi en droit, même si pas encore majeures, de décider de manière autonome si elles veulent porter le voile ou non. Pensez-vous que l’autorité parentale autorise les parents de disposer du corps de leurs filles ? En effet, forcer quelqu’un de couvrir celui-ci alors que cette personne est en pleine capacité de s’occuper de son propre corps, ce qui est le cas pour une adolescente, n’est-ce pas un abus ? Enfin, concernant votre dernier paragraphe, ce n’est pas parce qu’on parle d’une problématique touchant plus particulièrement certaines personnes d’une religion, qu’on diffame l’ensemble des personnes se disant de cette religion. Il est trop facile de tenter d’étouffer la dénonciation de certains problèmes en criant à la diffamation et à l’intolérance.
On ne traîte pas un bébé comme un pré-pubaire et encore moins comme un adolescent, uniquement pour des raisons psychologiques, afin d’éviter que la désobéissance de l’enfant se transforme rapidement en rebellion puis en révolte incontrôlable, mais aussi afin de récompenser l’effort, la maturité, la responsabilité. Cette éducation passe généralement par un changement de règles adaptées à l’esprit de l’enfant dans le but de le faire évoluer durant toute sa croissance, sans que pour autant cela n’altère ce droit à l’autorité qui reste le même quel que soit l’âge, tant que l’enfant n’est pas adulte et n’a pas quitté le domicile familial. Un parent a donc tout à fait le droit d’imposer la même chose au poussin, au cadet et à l’aîné. Si la plupart du temps cela ne se passe pas ainsi, c’est par choix personnel et non parce que la loi l’interdit. Vous voyez bien que les musulmans de france peuvent imposer le voile à leurs filles, puisque vous pensez qu’ils le font tous ; et pourtant aucun d’entre eux n’est poursuivi par la justice pour ce fait, preuve que cela ne constitue en rien un abus. Renseignez vous, c’est la loi française, pas mon opinion. Enfin, concernant votre dernier paragraphe, le problème vient du fait que Madame Carrier et bien d’autres ne se contentent pas de cibler les vilains et les méchants. Elle porte bien une accusation générale envers l’ensemble des hommes musulmans puisqu’elle affirme que le port du voile est automatiquement lié à des menaces, violences et représailles, et justifie ainsi sa position anti-voile. Cela veut bien dire que tous les hommes musulmans dont les femmes sont voilées sont des criminels. Je n’étouffe rien du tout, je ne fais que rapporter ses propos texto. Si une généralisation sur une population ne peut être la définition d’intolérance, je ne sais comment l’appeler autrement. Il est trop facile d’occulter un racisme en niant des propos explicites tenus dans les commentaires précédents.
Mais oui, Téméraire, je réponds (et je signe). Je ne suis pas la police du voile, de la burqa ou du foulard. Je n’empêche personne de le porter, mais je me réserve le droit de me demander si elle le fait librement et d’analyser le sens de ce symbole. Comme C. Delphy parlait des femmes Afghanes dans l’entrevue, ce sont ces propos que je commentais. Ces femmes ne sont pas libres de s’envelopper de la tête au pied, avec à peine une petite fenêtre pour le yeux et la respiration. Si on me dit que certaines y voient un moyen de protection, je dis encore qu’elles ne sont pas libres si elles doivent cacher ainsi leur corps pour se protéger. Si on parle du port voile au Québec, je pense que certaines le portent pour des raisons identitaires, d’autres des raisons religieuses, mais elles ne le portent toutes sans influence extérieure. (J’ai passé quelques heures à jaser avec l’une d’elles dans la salle d’attente d’une urgence hospitalière la semaine dernière). Je partage la position du CSF (du moins ce que j’en connais jusqu’ici, j’analyserai son avis plus tard), à savoir que les agents et agentes de l’État ne devraient pas afficher des signes religieux dans l’exercice de leurs fonctions. Ils n’ont pas aussi à se voir imposer les croyances religieuses de tout un chacun dans l’exercice de leurs fonctions (ex. : les examinatrices de permis de conduire ou les policières). Pour le reste, je crois que nous devons tendre vers une société laïque dans toutes ses institutions et que c’est le seul moyen de faire co-habiter pacifiquement les gens de toutes cultures et de toutes religions. Les institutions laïques étant la souche commune. Les rubrique "Voile et foulard" et "Démocraties et laïcité..."sur Sisyphe indiquent un peu ma tendance...
Pour ma part, je trouve que la réaction de Mme Carrier est parfois de mauvaise foi, en ce qui concerne les intentions de Christine Delphy. Quand celle-ci parle de l’intéret que les gens portent sur le voile, elle ne parle pas de l’Afghanistan, comme le prétend Micheline, mais de la France, des médias et des gouvernants français. En effet, ceux-ci se révèlent être préoccupés par le sort des femmes, alors qu’ils n’en n’ont pas vu l’intérêt avant (pas de réelle politique contre les violences faites aux femmes, pas d’égalisation des salaires...). Ce que dénonce Christine Delphy en ironisant, c est le fait, sous couvert d’une pseudo politique pour le droit des femmes, d’avoir pris une mesure xénophobe concernant les filles musulmanes. Ca ne veut pas dire qu’elle nie l’oppression que certaines peuvent subir, loin s’en faut. Mais elle dénonce l’alibi de la lutte contre l’oppression subie par les femmes, utilisée par des politiques qui nous démontrent chaque jour leur vision neo colonialiste, et sexiste de la société. enfin, Mme Carrier rapproche le libre choix évoquée par des femmes voilées à celui de certaines prostituées ayant librement choisies. Je suis tout à fait d’accord avec cette comparaison en revanche pas dans la même finalité. Elle défend alors l’idée des femmes victimes, opprimées sans liberté de penser, de choisir. Il ne s’agit pas de dire que ce ne soit pas la majorité des cas, nous sommes d’accord la dessus, en revanche, elle ne reconnait pas le droit de choisir de ces autres femmes, minoritaires, qui ont décidé, et ce la se respecte, de porter le voile ou de se prostituer. Bien entendu, le combat des femmes afghanes doit être soutenu, il s’agit d’un autre espace géographique et d’une autre réalité que l’on ne niera pas ici. Le débat doit être mené en France. Qu’est ce que signifie féministe quand on n’accorde pas à des femmes croyantes le droit de se rendre à l’école avec le voile correspond à leur croyance ? Qu’est ce que cela signifie d’être féministe et d’appuyer une loi clairement islamophobe sous pretexte qu’on lui a apposé l’étiquette "contre l’oppression des femmes" ? Ce que veut dire Christine Delphy en parlant du bien être des femmes, c’est que si réellement nos politiques en étaient préoccupés, ils trouveraient des lois beaucoup plus importantes pour le sort de toutes les femmes, ils nous ponderaient pas une loi concernant seulement une partie des femmes et qui au final serait une loi qui irait contre la réelle volonté de certaines musulmanes. On infantilise encore les femmes quand on prétend que même en se croyant libre de porter le voile ou de se prostituer elles sont opprimées, elles n’ont pas choisis, elles ne sont pas à même d’être lucides sur leur situation. pour ceux et celles qui voudraient en savoir plus sur la position de Christine Delphy sur ce sujet et bien d’ autres : http://www.teluq.org/webdiffusions/cdelphy_111007.html
Je n’ai réagi qu’à ce que Christine Delphy a dit dans son entrevue au Devoir, pas à tout ce qu’elle a pu dire ailleurs ou sur le site dont vous mettez le lien à la fin de votre commentaire.
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